Plein jusqu'à la gorge, le réfrigérateur,
symbole de la consommation, avant-poste des supermarchés prenant place
dans l'espace domestique, devient la corne d'abondance d'une croissance
pensée comme infinie. Vidé de ses denrées, il souligne qu'il n'en est
rien, simple objet amenant au coeur du foyer le fantasme d'un arrêt
du temps, d'un microcosme en éternel hiver.
L'installation Pensées froides, Paroles réfrigérantes propose
d'exploiter cet objet comme outil de conservation et de consommation,
afin de mettre en perspective des textes matérialisés dans des denrées
périssables : à la fois réceptacles et dispositifs de mise en vue, six
réfrigérateurs entrouverts présentent des matières comestibles au coeur
desquelles sont gravées des extraits de textes. Ainsi, les mots sont
mis en péril par leur lien intrinsèque avec une matière en cours de
dégradation. Le réfrigérateur entrouvert présente cet entre-deux dans
lequel le texte-chair n'est vu par le spectateur que lorsqu'il brise
la chaîne du froid qui entraînera sa destruction.
Entre conservation et consommation, il en va de même du sentiment amoureux.
Textes présentés : Recette
du cake d'amour, chanson extraite du film Peau d'âne,
Jacques Demy, 1970 //// Gris métal,
chanson de Bertrand Burgalat, extraite de l’album The Sssound Of
Mmmusic, 2000 //// Variations sur Marilou,
chanson de Serge Gainsbourg extraite de l’album L’homme à tête de
chou, 1976 //// Mignonne, allons voir
si la rose, poème de Pierre de Ronsard, extrait de Le Premier
Livre des Odes, Ode à Cassandre, 1550 //// Le
lac, poème d'Alphonse de Lamartine, extrait des Méditations
poétiques, 1820 //// Dans ta bouche,
chanson de Benjamin Biolay extraite de l’album Trash Yéyé,
2007
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